La suprématie du dollar est encore loin d’être ébranlée

14 février 2013
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Malgré la montée des pays émergents, seul l’euro est suffisamment crédible pour s’imposer face au dollar. Pourtant, les Américains devraient continuer de profiter de la suprématie de leur monnaie pour encore longtemps.

Alexandra Estiot est économiste, spécialiste des Etats-Unis chez BNP Paribas.

Les Etats-Unis ont appelé le G20 à ne pas pratiquer de « dévaluation compétitive », une réponse directe faite aux dernières mesures prises au Japon qui cherche à affaiblir sa monnaie. Pourtant, les Américains jouissent d’un très gros avantages en commercialisant dans une monnaie qu’eux-mêmes émettent : le dollar. Quels sont les avantages procurés par cette monnaie ?

Alexandra Estiot : Le principal avantage pour les entreprises américaines est de ne pas supporter le risque de change. Pour une entreprise européenne, par exemple, un contrat de vente libellé en dollars, assure des recettes ou des coûts en dollars mais pas en euros. Les variations du taux de change auront donc des effets à la hausse ou à la baisse pour ces deux composantes : une appréciation de l’euro allègera la facture pétrolière en euros mais diminuera également le chiffre d’affaire. Pour une entreprise américaine, tous les contrats étant libellés en dollars, le risque de change disparaît.

Pour l’ensemble de l’économie américaine, le statut de monnaie de réserve internationale du dollar permet d’abaisser les taux d’intérêt. La détention de dollars par les banques centrales étrangères se traduit par des achats de titres de la dette américaine : cette demande augmente la demande totale, et à offre inchangée, augmente le prix de la dette, abaissant le taux d’intérêt. L’économie américaine n’a donc pas de problème à financer ses déficits, qu’ils soient publics ou extérieurs.

Pour ce qui est de la valeur du dollar (faible ou fort), les coûts et avantages pour les Etats-Unis sont relativement négligeables, dans la mesure où l’économie américaine est « fermée ». Le taux d’ouverture (qui prend en compte les importations et les exportations, ndlr) ne représente que 15% du PIB, contre 51% en Allemagne par exemple. Ainsi, une baisse du dollar, sous l’hypothèse qu’elle permette d’augmenter le volume des exportations, n’aura que des effets limités sur la croissance totale de l’économie. Par ailleurs, une baisse du dollar, sous l’hypothèse qu’elle conduise les pays importateurs à augmenter leurs prix de vente en dollar, aura des effets limités sur l’inflation.

 

Jusqu’à quand ces avantages peuvent-ils durer face à l’émergence de la Chine et des autres puissances émergentes ?

Le statut de monnaie de réserve internationale nécessite la conjonction de plusieurs éléments. La devise en question doit être celle d’une économie de taille significative, qui doit également être forte et stable, ce qui passe par un système financier mature et complet et des institutions crédibles. Les mouvements de capitaux doivent également être totalement libres.

En clair, la Chine, bien que son rôle dans l’économie mondiale soit de plus en plus important, ne répond pas à ces critères pour l’instant. L’euro pourrait représenter une alternative bien plus crédible, si ce n’est l’absence de marché unique de la dette publique. Ainsi, et pour le moment, aucun marché n’est aussi profond et liquide que celui des Treasuries américains.

 

Quelles seraient les conséquences d’une éventuelle remise en cause de ces avantages pour l’économie américaine et mondiale ?

La conséquence la plus préoccupante se ferait sentir via la remontée des taux d’intérêt. Si, à ce moment, l’Etat fédéral n’a toujours pas réduit son endettement, les charges d’intérêt absorberaient une part croissance des recettes, alors même que le recours au déficit serait moins aisé et plus coûteux. L’ajustement budgétaire deviendrait ainsi urgent, sans parler du cas extrême qui verrait l’Amérique touchée par une crise de la dette souveraine. Le phénomène s’accompagnerait d’une chute de la valeur du dollar, augmentant la désincitation pour les non-résidents à investir dans les actifs libellés en dollar.

En résumé, privée du statut de monnaie de réserve internationale du dollar, les Etats-Unis perdraient leur privilège exorbitant et pourraient, comme les autres pays, être touchés par une crise de balance des paiements. Dans la mesure où il est très improbable de voir le dollar perdre son statut de monnaie de réserve internationale du jour au lendemain, les ajustements seront lents et peu susceptibles d’aboutir à ce type de crise.

Propos recueillis par Olivier Harmant

Interview initialement réalisée pour

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