Le monde est loin d’en avoir fini avec sa dépendance au pétrole

11 janvier 2013
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La barre des 100 millions de baril de pétrole par jour devrait même être atteinte d’ici 2035 selon l’Agence Internationale de l’Energie.

 

Florent Detroy est spécialiste des matières premières et des pays émergents. Il est aujourd’hui rédacteur en chef de Matières à Profits, une lettre d’investissements sur les matières premières.
Son blog sur la géopolitique des pays émergents: Energasie

 

Exxon Mobile a annoncé qu’il allait investir 14 milliards de dollars dans le développement d’un champ pétrolier au large des côtes de Terre-Neuve, une province du Canada, afin de démarrer sa production dès 2017. Le monde sera t-il encore dépendant du pétrole pour longtemps ? Les autres sources d’énergie – renouvelables ou non – peuvent-elles prendre part significative du pacte énergétique mondial ?

Florent Detroy : Le pétrole est là pour longtemps. La question aujourd’hui n’est pas de savoir si on peut remplacer le pétrole, mais de savoir avec quelle énergie le pétrole va partager le mix énergétique mondial. Car le pétrole reste particulièrement compétitif comparé au gaz ou au charbon. Il est facilement transportable, encore abordable et surtout est particulièrement dense énergétiquement parlant. Comparé aux énergies renouvelables, le pétrole a l’avantage du prix, mais surtout, son quasi monopole est indiscutable dans le transport. Or, les 2/3 du pétrole consommé aux Etats-Unis l’est par le secteur du transport. Et le pétrole n’est pas prêt d’être délogé de ce secteur, car le marché des voitures électriques restera un marché de niche encore longtemps.

La production de pétrole va donc devoir continuer d’augmenter. L’augmentation à venir sera d’abord le fait des pétroles non conventionnels, sables bitumineux canadiens, huiles extra lourdes du Venezuela, et surtout pétrole de schiste. Nous ne connaissons à vrai dire rien sur l’état des réserves mondiales, il faut s’attendre à de nouvelles découvertes qui pourraient encore faire bouger les lignes. Je rappelle qu’un baril de pétrole non-conventionnel est relativement peu cher, autour de 50-60$. En attendant, nous devrions passer cette année les 90 millions de barils/jours produits. Et l’Agence Internationale de l’Energie s’attend à flirter avec les 100 millions de barils d’ici 2035.

 

Quel est le degré de dépendance des économies occidentales au pétrole ?

Nous ne nous rendons pas compte du degré de dépendance de nos économies. Mis à part l’automobile, le pétrole et le gaz sont à la base de la production de plastiques, de textiles, de produits chimiques, d’engrais ou encore de produits pharmaceutiques…Et la chaine industrielle est tellement lourde, faisant dépendre des milliers d’emplois à partir d’une seule source d’énergie, que la casser pourrait s’avérer catastrophique socialement et économiques pour le pays qui osera le faire.

De même, notre dépendance au pétrole a contribué à structurer nos société, qui évoluent désormais autour d’une source unique d’énergie, alors que les énergies renouvelables demandent d’individualisé la production énergétique. La structure même de nos économies sont dessinées en fonction du pétrole.

 

Quel est l’Etat actuel des réserves – prouvées, probables ou possibles – de pétrole dans le monde ?

Selon les chiffres de l’IFPEN, nous aurions consommé 1 200 milliards de barils de pétrole, et il resterait 1 500 milliards de baril en réserves prouvées, soit 40 ans de consommation. Avec la hausse du prix du baril, et le développement de nouvelles technologies d’exploration (sismique 3D et 4D), de nouveaux gisements vont pouvoir être découverts et exploités. De même, les nouvelles technologique vont permettre de récupérer davantage de pétrole des champs existants (seulement un tiers est récupéré actuellement). Certains analystes estiment cependant que nous avons touché un « pic » de la production de pétrole, aux alentours des années 2005-2006.

L’AIE pense pour sa part qu’il sera touché vers 2015. On constate effectivement que la production de pétrole conventionnel est déjà stagnante. Votre exemple d’ExxonMobile à Terre Neuve illustre bien ce fait, il s’agit d’un champs de 700 millions de barils, c’est à dire non « géant » (plus d’un milliard de barils). On ne découvre plus désormais de champs de pétrole géants.

 

La montée des pays émergents accroît considérablement la demande de pétrole. L’offre pourra t-elle vraiment suivre ?

Tout est fonction de prix. Avec un baril de Brent autour des 110$ en 2012, les compagnies pétrolières ont désormais les moyens d’investir sur des gisements plus complexes à exploiter. Elles vont ainsi investir pas moins de 606 milliards de dollars dans des services parapétroliers en 2013. Donc les barils pour répondre à la consommation des pays émergents seront produits, mais ils seront plus chers. Surtout, l’apparition du pétrole de schiste va permettre de détendre un peu les cours du pétrole.

Déjà, l’Agence internationale de l’Energie a annoncé que les Etats-Unis n’auront plus besoin de recourir aux importations pour leur pétrole. Il n’est pas sûr que Washington veuille devenir complément autonome, mais le simple fait que ce soit possible est un tournant. Comme pour le gaz de schiste, l’exploitation du pétrole de schiste pourrait également se répandre dans le monde entier. Le magazine Forbes à révélé l’année dernière que la Russie aurait des réserves immenses. Pour l’instant, la Russie a tout intérêt à rester discrète sur l’état de ces réserves.

 

La pression environnementale contraindra t-elle a trouver d’autres sources d’énergie ?

La pression environnementale a déjà commencé à jouer un rôle. Le charbon aux Etats-Unis est une première victime de la législation environnementale. De même, les réglementations américaines et européennes ont réussi à améliorer l’efficacité énergétique des moteurs des constructeurs auto. Mais étant donné les difficultés du marché du carbone actuellement, je doute de l’efficacité d’un accord réellement international. Plutôt, je crois davantage à l’instauration de législations environnementales nationales. Et là, c’est au cas par cas. Les politiques à mener s’avéreront de toute façon parfois contradictoire. Je rappelle que si la Chine est le premier consommateur de pétrole au monde, elle possède également le programme éolien le plus important du monde.

 

Propos recueillis par Olivier Harmant

Interview initialement réalisée pour

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