Fiscal cliff : tout comprendre sur l’enjeu d’un accord difficile

1 janvier 2013
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Le budget du gouvernement fédéral sera réduit d’environ 600 milliards de dollars de façon automatique, soit 5% du PIB américain environ

Alexandra Estiot est économiste, spécialiste des Etats-Unis chez BNP Paribas.

Quels sont les enjeux du fiscal cliff et du rehaussement du plafond de la dette ?

Alexandra Estiot : Le fiscal cliff est le résultat de la précédente législature et de la défaite de Barack Obama aux élections de mi-mandat en 2010 au cours desquelles la Chambre des représentants est passée sous pavillon républicain. Le parti a alors été tiré vers la droite par le mouvement du Tea Party dont bon nombre de membres jurent sur l’honneur de ne jamais augmenter les impôts.

Ces difficultés dans les négociations entre les deux chambres du Congrès et le président ont contraint Barack Obama à accepter un certain nombre de concessions. Pour prolonger l’indemnisation du chômage de longue durée ou le taux réduit de cotisations sociales, il a ainsi du prolonger les Bush tax cuts, des baisses d’impôts décidées par son prédécesseur. A cela s’ajoute l’accord sur le relèvement du plafond de la dette conclut en août 2011 qui a conduit à la mise en place de coupes automatiques dans les dépenses.

L’ensemble de ces mesures devait être temporaire. Une date buttoir a donc été fixée : celle du 1er janvier 2013. Ce jour là, tout s’arrête : les baisses d’impôts accordées sous George W. Bush, l’indemnisation du chômage de longue durée, la fin du taux réduit de cotisations sociales le tout couplé à des coupes automatiques dans les dépenses.

Autrement dit, si le Congrès n’annule pas les baisses automatiques de dépenses et/ou n’empêche pas la remontée des impôts, le budget du gouvernement fédéral sera réduit d’environ 600 milliards de dollars de façon automatique, soit approximativement 5% du PIB américain. Un choc violent qui équivaut à ce qu’a subit la Grèce en 2011. Dans un tel cas de figure, une récession devient inévitable. Un accord visant à étaler cet ajustement budgétaire sur plusieurs années
doit donc absolument être trouvé.

 

Par ailleurs, la dette américaine devrait atteindre son plafond légal en février. Un accord peut-il être atteint avant cette date ?

Un plafond a été instauré il y a quelques années pour empêcher la dette de s’envoler. Mais en réalité, il a sans cesse été relevé au point qu’il s’agit d’un non-évènement. Mais en 2011, la poussée du Tea Party, un mouvement qui s’oppose profondément aux impôts, en a fait enjeu. Ses membres veulent limiter les pouvoirs de l’Etat fédéral, notamment en l’empêchant de dépenser. Par conséquent, ils s’opposaient clairement au relèvement du plafond.

Ainsi, une partie des républicains a exigé l’adoption d’un plan de réduction des dépenses à hauteur du relèvement du plafond accordé. La pression est montée d’un cran au début du mois de juillet 2011, jusqu’en août où l’éventualité d’un défaut des Etats-Unis est devenu envisageable. Un accord a finalement été trouvé, mais Standard & Poor’s a tout de même dégradé la note du pays qui perdit son triple A.

 

Le programme de Barack Obama, qui comprend des hausses d’impôts pour les plus riches, peut-il être compromis ?

Les démocrates ont gagné un siège supplémentaire au Sénat et quelques fauteuils supplémentaires à la Chambres mais
Barack Obama ne pourra adopter sa politique en l’état actuel car il ne détient pas la majorité à la Chambre des représentants.

Les deux partis peuvent tout deux prétendre que le vote populaire des Américains leur a donné mandat. Les résultats n’ont pas été assez tranchés pour basculer la balance des pouvoirs.

 

Quelles sont les conséquences pour l’économie mondiale ?

Si un accord intelligent est trouvé pour étaler les 600 milliards de baisses de déficits sur trois ou quatre ans avec un plan précis, l’économie américaine n’en souffrira pas, l’ajustement budgétaire étant limité année par année. Cette incertitude fiscale pèse depuis le printemps sur l’économie américaine, ce qui pousse les entreprises à attendre avant d’investir et d’embaucher. Si un accord composé d’un plan fiscal clair est trouvé, cette incertitude sera levée ce qui facilitera l’investissement et l’emploi.

Autre scénario intermédiaire : si les démocrates et républicains ne parviennent pas à trouver un accord, ils peuvent décider de repousser la décision à l’année prochaine, ce qui prolongera alors cette incertitude. L’attentisme des entreprises se poursuivrait et l’économie américaine en pâtirait inéluctablement.

 

Si, faute d’accord, le fiscal cliff entre en action, quels seront les secteurs touchés par les coupes budgétaires automatiques ?

Les coupes budgétaires interviendront principalement dans le secteur de la défense. Mais le fiscal cliff est avant tout dangereux sur le volet des recettes. En effet, pour 500 milliards de dollars d’augmentation d’impôts, il n’y a que 100 milliards de baisses de dépenses d’autant plus que si celles-ci sont certes budgétées sur l’année 2013, elles n’interviennent pas nécessairement dès le début de l’année.

Le volet recettes du fiscal cliff s’exerce surtout par une pression à la hausse sur la fiscalité des ménages avec un accroissement du taux d’imposition sur le revenu, une remonté du taux de cotisation sociale à son taux normal et sur l’indemnisation du chômage de longue durée. Les effets se feront fortement ressentir sur le revenu des Américains.

Propos recueillis par Olivier Harmant

Interview initialement réalisée pour

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