Croissance, économie, politique… quels scénarios pour la France en 2013 ?

31 décembre 2012
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Alors que le gouvernement maintient son objectif de 3% de déficit en 2013, le FMI a d’ores et déjà estimé que la France ne pourrait pas tenir cet engagement.

 

Christian de Boissieu est économiste. Professeur à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, il a été président du Conseil d’analyse économique de 2003 à 2012. (En savoir plus)

Thomas Guénolé est politologue à à Sciences Po, maître de conférence à Sciences Po et professeur chargé de cours à l’Université Panthéon-Assas.

Ses tribunes dans la presse et ses interventions télévisées portent principalement sur l’extrême droite, la droite, le centre et la crise de l’euro. Il a fondé en 2012 le Projet Constitution Liberté en partenariat avec OpinionWay. » (En savoir plus)

 

L’économiste Christian Saint-Etienne a déclaré que « 2013 [allait] être un choc d’une violence telle que les couleurs politiques [allaient] disparaître » [¹]. Dans le même temps, le Fonds monétaire international appelle la France à « rediscuter » l’objectif des 3% de déficit en 2013 parce qu’il l’estime inatteignable. François Hollande a lui-même reconnu que l’année allait être difficile. Quels sont les grands défis qui nous attendent en 2013 ?

Christian de Boissieu : Le principal défi est celui du chômage. Les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) pour 2013 prévoient 0,4% de croissance, contre 0,8% selon le gouvernement. Or, il faut être à peu près au-dessus de 1,5% pour commencer à le réduire. La situation de l’emploi est donc le principal enjeu économique, social et socio-politique des prochains mois dans un contexte où l’Europe sera une zone en ralentissement par rapport au reste du monde.

Pour y faire face, il faut prendre des mesures pour relancer la croissance et ne pas se satisfaire des ces prévisions. Au plan national, les mesures prises en faveur de l’emploi – que se soient les emplois d’avenir, les contrats de génération – jusqu’à présent ne seront pas suffisantes pour contrer la hausse du chômage. Il faut également des mesures supplémentaires en faveur des PME qui constituent la principale source d’emplois et d’activités. Il faut les aider à survivre et à se développer.

Thomas Guénolé : Les grands défis qui attendent la France et donc François Hollande ne sont pas particuliers à 2013 puisqu’il s’agit de défis structurels arrivés à maturité. Il existe plusieurs dettes : la dette de l’Etat, celle des collectivités locales, des fonctions publiques, la dette sociale, la dette environnementale et la dette intergénérationnelle (celle que les actuels trentenaires vont hériter des générations au-dessus).

François Hollande a donc plusieurs options :

1- une politique de relance mais qui requiert des moyens financiers que la France n’a plus puisqu’il faudrait accepter d’augmenter significativement notre dette sans gage de succès puisque la dernière relance – au début des années 1980 sous Pierre Mauroy – avait aggravé la situation en augmentant les importations ;

2- une politique de relance par une croissance endogène en investissant dans les transports, les infrastructures, l’information… mais ce type de croissance, au delà des moyens financiers, ne produit ses effets qu’à moyen terme

3 – une politique d’austérité afin de réduire massivement la dépense publique ce qui laisse entendre une baisse du nombre de fonctionnaires, voire du périmètre de l’action publique.

Pour le moment, le gouvernement donne surtout l’impression de tâtonner le terrain. Seule chose qui semble certaine : la fiscalité augmentera pour tous.

 

Dans ces conditions, la France est-elle suffisamment armée pour affronter 2013 ?

Christian de Boissieu : Au delà des mesures budgétaires, il existe une marge de manœuvre considérable : l’épargne importante. En France, la taux d’épargne est en moyenne légèrement supérieur à 16% du revenu disponible. Alors que les banques risquent de freiner le financement de l’économie et que les finances publiques sont sous contraintes, il faut mobiliser cette épargne en faveur de l’investissement, du financement des PME et des dépenses d’avenir. Il faut une politique de l’épargne afin de générer de la croissance.

Au niveau européen, les mesures adoptées lors du sommet du mois de juin ont été insuffisantes. Le premier semestre 2013 doit être totalement consacré au problème de la croissance en Europe ce qui passera nécessairement par des mesures nationales en sus des initiatives européennes : il faut jouer sur les deux piliers. La crise n’est pas terminée mais est en bonne voie de résolution : la zone euro restera à 17 pays, la monnaie unique a été secourue… même s’il convient d’être vigilent.

Il y a un an, il aurait fallu que les Européens décident ensemble de décaler l’objectif des 3% de déficit à 2014 plutôt que 2013 afin de donner plus de temps au « noyau dur » des économies européennes dont la France fait partie. Sans cet accord, la France est tenue de respecter cet engagement. Cette révision du calendrier aurait permis d’éviter que la rigueur budgétaire ne pèse sur l’activité… Désormais, si la France ne respecte pas cet objectif, elle le paiera sur les marchés financiers par des taux d’intérêt plus élevés sur sa dette.

Thomas Guénolé : Sur le plan politique, les divisions à l’UMP ne sont qu’un problème secondaire pour la France car ce qui compte pour gouverner c’est d’avoir une majorité à l’Assemblée, ce qu’à François Hollande d’autant plus que celle-ci reste assez solide à ce stade même si nous constatons déjà quelques tensions, notamment au sein de la « gauche populaire ». Mais ces fractures restent d’une ampleur normale. Il est encore impossible de pronostiquer réellement un éclatement de la majorité actuelle.

Jean-Luc Mélenchon incarne une opposition sur la gauche au pouvoir. Il a dit et répété que son objectif est la création d’une majorité alternative incluant le Front de gauche, l’aile gauche du PS et les écologistes qui sont plutôt sur une ligne « Les Verts » que sur une ligne « Europe-Ecologie ». Il est alors important de rappeler que dans les dix jours qui ont précédé le premier tour de la présidentielle de 2012, seuls dix points de pourcentage séparaient les électeurs qui hésitaient à voter entre Hollande et  Mélenchon. Leur vote d’adhésion se portait sur Mélenchon mais leur « vote utile » les a conduit a glissé leurs bulletins sur Hollande. Conclusion : la frontière qui sépare le vote Hollande du vote Mélenchon est un mur en papier qui se franchit très facilement et l’espace potentiel de Mélenchon est largement supérieur à son espace politique effectif. Les élections européennes de 2014 seront déterminantes en termes de fragilité politique du gouvernement et de sa majorité.

 

Entre rigueur, objectifs de croissance et relance de l’économie, les sensibilités politiques ont-elles encore un sens ? Pourraient-elles tout simplement disparaître ?

Christian de Boissieu : Il existe encore des clivages entre la droite et la gauche. La pondération entre la hausse des impôts et la baisse des dépenses publiques en est un exemple puisque le gouvernement actuel privilégie la première solution, là où une grande partie de la droite aurait préféré la seconde. Il en est de même sur la lutte contre les inégalités. 2013 sera d’une certaine façon la continuation de 2012 même si les chiffres définitifs pour l’année en cours ne sont pas encore connus.

Thomas Guénolé : Si le diagnostique de Christian Saint-Etienne – celui d’un choc violent – est avéré, les couleurs politiques ne disparaîtront pas mais, au contraire, deviendront beaucoup plus claires, chaque bord se radicalisant sur son cœur idéologique : moins d’Etat pour la droite, une politique de démondialisation pour l’aile gauche du Parti socialiste et une accélération du choc de compétitivité pour l’aile droite, ou encore une sortie de l’euro et le protectionnisme pour le Front national…

Dans un tel contexte, l’hypothèse d’une radicalisation de François Hollande serait très peu probable. Ce serait une première absolue dans son parcours politique. N’oublions pas que son premier modèle politique fut Jacques Delors. Mais il est un président fragile car il n’y a jamais véritablement eu d’adhésion à François Hollande lors de l’élection et l’écart qui le séparait de Nicolas Sarkozy le 6 mai dernier est très serré alors qu’il existait pourtant un rejet très fort de ce dernier, le tout sur fond de crise économique. Pour faire simple, il n’y a jamais eu de dynamique autour de François Hollande comme nous avons pu en connaitre pour François Mitterrand. François Hollande est un président fragile.

 

Quelles devront être les priorités pour la France en 2013 ?

Christian de Boissieu : Une des questions centrales est celle du chômage des jeunes qui augmente plus fortement que le chômage de toutes les classes d’âges confondues. Près d’un jeune de moins de 25 ans sur quatre est au chômage en France… Fondamentalement, l’enjeu est intergénérationnel : comment recréer la confiance des entreprises si l’on ne redonne pas confiance aux jeunes ?

Aujourd’hui, nous constatons que les jeunes n’ont que trop rarement droit à un véritable premier emploi. On ne leur propose que des stages qui débouchent sur d’autres stages qui débouchent eux-mêmes sur d’autres stages… Le problème est social, politique et économique… Il existe peu de marge de manœuvre mais il en reste tout de même.

Thomas Guénolé : Indiscutablement, la priorité sera le chômage et l’emploi. Les résultats en termes de chômage sont toujours la clé déterminante pour un gouvernement. Les débats politiques se crispent et se détendent en fonction des évolutions des chiffres de l’emploi. Il faut absolument une dynamique de baisse du chômage entre 2013 et la première moitié de 2014.

Propos recueillis par Olivier Harmant

Interview initialement réalisée pour

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